La Raison polythéiste. Essai de sociologie quantique

 » A une époque où la science, notamment la physique quantique, gagne le fondement et les secrets de l’atome, à un moment civilisationnel où le scientifique intègre dans l’objectivité de son investigation des paramètres subjectifs, de l’incertitude dans le fait, de l’imaginaire dans la réalité, de l’antagonisme dans les logiques, de l’interaction dans l’objet d’étude et de l’esprit dans la matière… comment ne pas être irrité par la crédulité de l’acquiescement, c’est-à-dire par l’adhésion sécuritaire au connu, au déjà vu, au vérifiable, au quantifiable: le préjugé se révèle dans la difficulté qu’ont les intellectuels de douter de la raison, alors que l’ensemble de la société affiche de nombreux signes de mutation hautement significatifs, dont l’astrologie n’est bien évidemment pas le seul symptôme. Il ne s’agit d’ailleurs pas tant d’un discrédit jeté sur la raison que d’un élargissement de celle-ci, ce qui est tout à fait différent.
Probablement qu’à l’image de ce que disait le philosophe Alain dans ses « Propos sur la religion », le simple fait de vouloir penser commence par le fait de dire non, parce que le oui est le signe d’un homme qui s’endort ! Cette force du non n’est pas seulement une négation, il ne s’agit pas de nier pour nier, mais de fissurer le mur des certitudes à seule fin de laisser passer ce qui fait vérité pour une société à un moment donné. Justement, ce qui hier faisait vérité s’est aujourd’hui modifié, comme en témoigne l’élargissement paradigmatique et les préoccupations interdisciplinaires, ou les initiatives populaires qui surgissent de-ci de-là; cette interférence des domaines n’est pas seulement épistémologique, elle est culturelle, voire civilisationnelle, elle touche aussi bien le religieux, le politique, la science, les loisirs, le travail… bref, elle concerne tant la vie quotidienne que les options institutionnelles, même si les discours officiels s’emploient encore à jouer de la raison pure. Les discours les plus performants sont déjà, et seront quels que soient les domaines, ceux qui s’avéreront capables de faire jouer la raison polythéiste c’est-à-dire l’éclatement des valeurs ainsi que leur égale importance dans la « gestion » et la réflexion que soulève une société.
Cet éveil désordonné à l’éclatement des valeurs met l’accent sur la coordination plus que sur la subordination, il compense l’inertie latente des certitudes logiques et immuables dont on voudrait nous faire croire qu’elles sont exhaustives, et pour lesquelles certains préconisent une adhésion sans limites… cet éveil indique par ailleurs qu’il est peut-être préférable de douter de la bonne direction que de mourir d’ennui. »
(Extrait de: Sylvie Joubert, « La Raison polythéiste.Essai de sociologie quantique », éd.L’Harmattan, 1991, pp.161-162)

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