Matière et psyché

un texte de Marie-Louise von Franz, l’une des principales collaboratrices de Jung, sur la synchronicité.
le sens global, le sens présenté en terme
 » Voici ce qui, selon Jung, distingue la synchronicité: d’une part l’émergence d’une image inconsciente, directement ou indirectement, comme image d’un rêve, comme idée ou comme pressentiment; et d’autre part, un état de fait objectif coïncidant avec ce contenu temporel. Dans son travail sur la synchronicité, il montre comment la notion chinoise du Tao reflète exactement la pensée de la synchronicité. Comme je l’ai déjà indiqué, ma propre expérience m’a appris que pour les Orientaux -et cela doit avoir trait à leur langue- les liaisons ont du sens non pas du point de vue de la causalité mais de la synchronicité. On pourrait alors dire que l’homme peut légitimement poser deux questions à la nature. Il peut lui demander: Pourquoi arrive-t’il ceci quand je fais cela ? Ce qui mène au postulat du principe de causalité mais relativisé en probabilité. Ou bien: Dans la nature, quels sont les événements qui ont tendance à se produire en même temps ? Cela aussi constitue une interrogation légitime chez les peuples orientaux. Cette idée vient du Tao. Le Tao est en quelque sorte le sens global, le sens présenté en terme de temps. On devrait alors dire: Ce qui sous-tend toute manifestation est ce moment du temps qui globalise le sens; c’est cela le Tao. Lao-Tseu dit: « On tend l’oreille et on ne l’entend pas, on le nomme fluidité, on fait un geste pour le saisir et on ne le saisit pas, on le nomme le sans-corps, la forme sans forme, l’image sans objet, le vague nébuleux. Allant à sa rencontre on ne voit point son visage, en le suivant on ne voit point son dos, tellement vagues et nébuleuses sont les choses en lui.Pourtant tout se fait par lui. Le filet du ciel a les mailles larges mais pourtant rien ne se perd (1). » La pensée chinoise présuppose que la nature entière est une unité psycho-physique ou possède une cohérence globale unitaire qui se dérobe toutefois à toute observation centrée sur le détail.
En Occident nous pouvons trouver l’ébauche d’une pensée similaire au Moyen Age, principalement dans la doctrine de la « sympathie » et dans l’astrologie. On la retrouve également dans la philosophie de la Renaissance, qui évoque l’idée d’une corrélation globale symbolique et psychophysique de toute l’existence cosmique. Cette corrélation est fondée sur le postulat de l’existence d’une âme du monde ou du principe de sympathie. »
(1) O. Sumitomo, Lao Tse,Tao te King, Zurich, 1945.
(Extrait de Marie-Louise von Franz, « Matière et psyché », éd. Albin Michel,2002, pp.38-39.)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s