Surréalisme et Paranormal

Depuis 1927 John Dunne, ingénieur et officier anglais, passionné d’aviation, a exposé dans ses ouvrages ses analyses et observations sur les rêves prémonitoires et développé la théorie d’une pluralité infinie de dimensions temporelles. Il crut y découvrir la raison des interactions possibles entre le passé, le présent et le futur. Ainsi le sujet concerné peut apercevoir son avenir de la même façon qu’un lecteur pressé juge d’un livre en le feuilletant rapidement et en ne retenant que les titres de quelques chapitres.
Dunne n’est pas un philosophe mais un analyste de ses propres expériences oniriques et c’est en particulier à partir de l’une d’elles qu’il a édifié sa théorie.
Tout en se remettant d’une opération à l’hôpital en 1917 il lit un livre où il est question d’une combinaison de serrures faites d’anneaux ornés de lettres de l’alphabet. A ce moment quelque chose flotte dans sa mémoire, pour s’évanouir aussitôt. Il revient à sa lecture. Puis il se met à chercher ce qu’il a pu associer à la phrase lue, et, au bout d’un moment, il se souvient d’un ancien rêve qu’il avait fait sur une serrure analogue.
Par ce rapprochement, comme par ceux qu’il avait notés précédemment et ceux découverts par d’autres malades de l’hôpital auxquels il avait raconté ses prémonitions, il s’aperçoit que tout rêve participe d’éléments empruntés aussi bien au passé lointain ou récent qu’au futur dans un mélange inextricable.
La difficulté est, toutefois, de dissocier ces éléments déjà vécus de la vie ordinaire de ceux qui n’appartiennent qu’au futur.
– Un premier moyen, qu’indiquent Dunne aussi bien que Breton, est de décrire minutieusement les rêves, même les plus insignifiants.
Cette notation détaillée oblige l’observateur à s’apercevoir que certains éléments qui lui arrivent ont bien été introduits dans son rêve.
Coïncidences diront les sceptiques. A cer argument Dunne répond que c’est la minutieuse correspondance des détails du rêve avec la réalité qui caractèrise la prémonition, comme l’avait déjà observé Charles Richet.
Par exemple, écrit Dunne, rêver d’une série de pièces de monnaie empilées sur un livre peut correspondre à une réalisation future mais s’il s’agit de pièces de six pence et que le livre est rouge, la coïncidence est plus difficile à admettre.
De plus, l’accumulation de ces détails est également caractèristique de ces incursions dans le futur.
– Un deuxième moyen est de reprendre lentement le récit du rêve et de le comparer à l’événement survenu par la suite, afin de de pas laisser échapper les éléments qui sont véritablement prémonitoires.
Il ne faut pas, en effet, s’attendre à une prémonition intégrale de la scène future, car des détails peuvent en être empruntés au passé vécu.
– Dunne donne d’autres conseils pour la détection de ces prémonitions mineures, et il précise que l’écart entre le rêve et sa réalisation ne devra pas dépasser deux jours.
Il indique aussi comment diriger son attention sur les moindres incidents de la journée pour ne pas laisser échapper quelques uns de leurs détails comparables à ceux du rêve, etc…
En procédant de cette façon tout un chacun pourra prendre conscience de cette faculté prémonitoire, généralement inhibée.
Des constatations de Dunne on peut dégager les conclusions suivantes:
– Que les pré-images, c’est-à-dire les images du futur qui se mêlent au rêve, ne sont pas forcément celles d’événements excitants et dramatiques, mais de faits très ordinaires, comme dans l’exemple de la serrure.
– Que notre univers, après tout, a une plus grande complexité que celle que nous lui donnons dans la perspective de notre temps linéaire habituel et que, lorsque la vision qu’on en prend bascule trop du côté du passé, ce qui arrive généralement, nous nous coupons complètement du futur.
Une barrière purement mentale nous isole, en effet, de ce futur lorsque éveillés dans le présent, nous nous situons dans un temps que Dunne appelle « ambulant », en nous promenant sans cesse entre ce présent et notre passé.
Cette barrière provient, selon Dunne, du fait que la mémoire dans l’état de conscience éveillée ne fait pas le rapprochement entre le rêve et la réalité, faute d’un facteur associatif suffisant, d’autant qu’il s(agit d’événements insignifiants de la vie coutumière. Cependant s’il arrive qu’on fasse ce rapprochement on tente d’ordinaire de le faire avec un rêve situé dans un passé très éloigné. »
(Extrait de: Yvonne Duplessis, « Surréalisme et Paranormal », JMG éd., 2002, pp.233-235)

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